Pour finir l'année en beauté, les délirants ont choisi d'explorer un double thème (insecte/fenêtre) en s'inspirant d'abord d'une photo pour ensuite écrire un haïku (俳句) japonais. Le haïku est un poème très bref constitué de 17 pieds . En japonais, il s'écrivait sur une seule colonne constitué de 17 mores; en français, on l'écrit sous forme de tercet de 5, 7 et 5 pieds. La tradition veut aussi qu'il contienne une référence à la nature. Il n'est pas rare cependant de retrouver des haïkus qui transgressent cette règle. Enfin, les haïkus avec une syllabe en moins sont parfois tolérés. Toutefois, au-delà de 17 syllabes, le verset n'est plus considéré comme un haïku.
Le haïku ne se contente pas de décrire les choses, il nécessite le détachement du poète. Il est comme une sorte d'instantané. Il n'exclut cependant pas l'humour, les figures de style, mais tout cela doit être utilisé avec parcimonie. Il doit pouvoir se lire en une seule respiration. À voix haute, de préférence. Il incite à la réflexion. C'est au lecteur qu'il revient de se créer sa propre image. Ainsi, le haïku ne doit pas décrire mais évoquer.
Maître incontesté du haïku, Matsuo Basho le définit en 4 concepts clés:
sabi: c'est la recherche de la simplicité et la conscience de l'altération que le temps inflige aux choses et aux êtres.
shiori : il s'agit des suggestions qui émanent du poème sans qu'elles ne soient formellement exprimées.
hosomi : l'amour des choses humbles et la découverte de leur beauté.
karumi : l'humour qui allège du sérieux et de la gravité.
À titre d'exemple, voici l'un de ses plus célèbres haïkus:
Dans le vieil étang
Une grenouille saute
Un ploc dans l'eau
L'original japonais est :
Fu-ru-i-ké-ya
ka-wa-zu-to-bi-ko-mu
mi-zu-no-o-to
(5-7-5)
En voici un autre :
Sur une branche morte
Les corbeaux se sont perchés
Soir d'automne
Pour ceux qui aimerait expérimenter une autre forme brève, je vous conseille le fib. Le fib est une forme de poésie occidentale ressemblant au haïku, mais s'appuyant sur la séquence de Fibonacci, un mathématicien italien. C'est un poème composé de 6 vers et comptant 20 syllabes, chacun des vers comptant autant de syllabes que chaque ligne correspondante de la séquence de Fibonacci, soit 1/1/2/3/5/8. La seule restriction de cette forme poétique est que le nombre de syllabes (ou de pieds) doit être égal au nombre de syllabes de la célèbre séquence italienne. En voici deux exemples, tirés du blogue du célèbre scribel Leroy K. May :
Ton
Tir
T'a-/ t-il
Ter/ri/fié
Tout/ en/ tra/his/sant
Ton/ in/ten/tion/ si/ ty/ran/nique
Non!
Non!
Ni/non
Ne/ nie/ pas
Son/ im/pli/ca/tion
Elle/ a/voue/ et/ si/gne/ son/ nom
Les délirants ont jusqu'à la fin de l'année pour exposer leur photo-haïku ou leur photo-fib en s'inspirant du thème insecte/fenêtre. Si certains d'entre eux préfèrent écrire un scénario-liquide qui transgresse la règle de brièveté, ainsi soit-il. Il ne manque certes pas d'espace!